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Ex-General Partner chez Goldman Sachs, Artur Walther se tourne vers le monde de l’art dans les années 1990, s’orientant vers la photographie contemporaine. Collectionneur germano-américain, Artur Walther est reconnu pour son importante contribution dans l’étude et la promotion de l’art asiatique, africain et de la photographie. Attirant, par là-même notre attention sur des scènes artistiques souvent sous-représentées. La Walther Collection organise des expositions à New York et en Allemagne. Elle est reconnue pour son exploration thématique et interculturelle de l’identité, de l’histoire et de la mémoire.

Artur, quand et comment votre passion pour la photographie est-elle apparue ?

{A.W.}: Mon intérêt pour l’art et le design a débuté en 1989 lorsque j’étais chargé d’ouvrir un nouveau bureau à Francfort pour Goldman Sachs. Cela impliquait de trouver un espace de travail, des meubles et des œuvres d’art à accrocher aux murs. Mon intérêt pour la photographie en particulier est apparue plus tard, lorsque j’ai quitté la banque et que je cherchais à expérimenter différentes pratiques artistiques. J’ai rapidement réalisé que la peinture et l’écriture n’étaient pas vraiment faites pour moi et il se trouve que j’avais reçu un Leica pour mon anniversaire. J’ai commencé à m’impliquer de manière active au sein de l’International Center of Photography (ICP) où j’ai suivi plus d’une quinzaine de formations. C’est ainsi que tout a commencé.

Cela signifie-t-il que vous vouliez devenir photographe ? Ou était-ce juste une première approche avant de commencer votre collection ?

{A.W.}: Le but de cette formation était d’ouvrir mes yeux et d’apprendre à voir. D’autant plus qu’à l’époque faire de la photographie impliquait de passer du temps dans la chambre noire à développer et imprimer ses propres photos. Ce processus m’a permis de créer, de transformer, et de réfléchir à ce qui fait une photo intéressante. En fin de compte, l’ensemble des choix que vous faites au cours du processus photographique disent quelque chose de vous-même. Cette pratique de la photographie, je l’ai faite avec passion, au point de ne plus pouvoir en dormir la nuit. C’était quelque chose auquel je pensais constamment.

J’ai donc suivi ces cours pendant plusieurs années tout en rejoignant le comité d’exposition de l’ICP et du Whitney Museum. Ces fonctions m’ont permis de me poser d’autres questions telles que : qu’est-ce qu’une exposition ? Quelles œuvres sélectionner ?

En même temps, je constituais une importante collection de livres, ce qui est essentiel pour toute personne s’intéressant à la photographie. J’ai appris énormément de choses sur la photographie à travers les livres: que ce soit son histoire, les différentes techniques et approches artistiques.

J’ai débuté ma collection en tombant amoureux des œuvres de Bernd et Hilla Becher ainsi que de celles de leurs étudiants. Je les ai rencontrés plusieurs fois et ai commencé à acquérir leurs œuvres en même temps que je m’intéressais à l’objectivité allemande classique. C’était une démarche qui m’a semblé évidente et un processus très direct qui m’a servi de porte d’entrée à la collection.

Il semble important pour vous de rencontrer les artistes qui vous intéressent. Pourquoi ?

{A.W.}: M’étant intéressé à la photographie allemande classique pendant plusieurs années, je cherchais quelque chose de nouveau. Étant impliqué au sein de différentes institutions, je ne voyais aucun intérêt à explorer les mêmes choses que ces dernières. Pourquoi voudrais-je m’intéresser à ce qui a déjà été étudié, exposé et écrit ? C’était les années 90 et je voyageais en Chine à une époque où personne n’y prêtait attention. Christopher Phillips, un conservateur de l’ICP, s’intéressait à la photographie chinoise et voyageait régulièrement là-bas. Nous nous sommes donc associés et avons organisé une exposition à l’ICP en 2004 : Between Past and Future, New Photography and Video from China. Il m’a fallu deux ans pour comprendre l’histoire et la culture des artistes chinois et faire la transition de la photographie allemande vers ce nouveau champ d’exploration. Puis l’économie chinoise a explosé et tout a changé.

Cela explique-t-il pourquoi vous avez ensuite progressivement évolué vers la photographie africaine ?

{A.W.} : En effet, lorsque la Chine a connu ce boom économique vers 2005, tout a changé et est devenu très cher. Soudain, j’ai commencé à voir des artistes vivant dans d’immenses maisons avec probablement 50 ou 60 personnes travaillant pour eux. Alors j’ai pris du recul.

Mon intérêt pour l’art africain a commencé en 1996 avec l’exposition du Guggenheim : Africa, the Art of a Continent. Comme je vous l’ai dit, je cherchais des domaines sous-représentés à l’époque. Plus tard, lorsque j’ai senti qu’il était temps de me concentrer davantage sur la photographie africaine, j’ai contacté Okwui Enwezor, le grand conservateur et spécialiste en matière d’art africain, et je lui ai dit : « Nous sommes prêts à financer un voyage de recherche pour voir ce qui se passe sur le continent africain et éventuellement organiser une exposition ». Il était totalement partant. Lui et moi avons voyagé pendant quatre semaines et cela a abouti à l’exposition de 2006 : Snap Judgments. Avoir l’opportunité d’écouter et d’apprendre à ses côtés a probablement été la meilleure introduction à la photographie africaine que je puisse avoir. J’ai senti que mes décisions étaient plus faciles et beaucoup plus rapides. J’ai pu avoir des réflexions au sujet de savoir si l’artiste me montrait quelque chose que je n’avais pas vu ailleurs. J’ai eu l’opportunité de développer ma collection qui, au fil des ans, a rassemblé plus de 2 000 images.

Quand il s’agit de photographie vernaculaire, la grande question est toujours de savoir ce qui vaut la peine d’être montré…

{A.W.} : Concernant les photographies vernaculaires, elles peuvent être scientifiques, médicales et avoir toutes sortes de provenances, mais la plupart sont des photos privées que l’on peut trouver dans des albums de famille. Évidemment, il y en a des millions. Beaucoup sont sans grand intérêt, mais d’autres sont sociologiquement pertinentes car elles disent quelque chose sur les individualités et la façon dont les gens se représentent.

Qu’est-ce qui vous a poussé à ouvrir votre collection au public et comment définissez-vous votre ligne curatoriale ?

{A.W.} : La collection s’était considérablement agrandi et la question était : doit-elle rester dans mon stock ou dois-je en faire quelque chose ? Mon idée était d’étudier cette collection et de poursuivre un travail de recherche. La manière la plus rapide et la plus efficace de le faire était de créer mon propre espace, de faire appel à des conservateurs d’exception et de publier des livres.

Je possédais des maisons typiquement allemandes que j’ai hérité de mes parents. J’ai donc décidé d’en faire le mieux de résidence de ma collection et d’étendre l’espace en faisant construire un espace souterrain moderne. Ce nouvel espace me permet de préserver les photographies dans un environnement sûr.

J’ai également un studio à New York dans le quartier de Chelsea. Je l’ai utilisé comme ma bibliothèque et ma chambre noire durant un certain temps. Je l’ai transformé en espace de projet lorsque j’ai réalisé que Chelsea devenait un lieu important pour le monde de l’art. J’ai organisé de petites expositions qui étaient en quelque sorte toutes connectées entre elles. Nous les avons donc réunies à Ulm, publié un livre ainsi qu’organisé une grande exposition sur les portraits africains intitulée : Appropriated Landscapes. Après cela, d’autres expositions ont suivi, y compris une dédiée aux artistes contemporains africains.